lundi 14 juillet 2014

Le 3e sexe, de Willy, une réédition dans la Bibliothèque GayKitschCamp

Il faut saluer le travail de réédition des Cahiers GayKitschCam qui, inlassablement, donnent à lire des ouvrages anciens ou oubliés sur l'homosexualité. Une des dernières parutions est un ouvrage que j'ai toujours mis à part, par son intérêt et par ce qu'il fait comprendre de la vision de l'homosexualité dans l'entre-deux-guerres. Il s'agit du 3e sexe, de Wily, pseudonyme d'Henry Gauthier-Villars. Possédant l'édition originale, je voulais le chroniquer depuis longtemps. L'occasion m'en est donnée.


Après avoir lu Le 3e sexe de Willy, il me vient spontanément à l’esprit cette association de mots : une bienveillance goguenarde.

Avant de développer, un rapide rappel. Après l’enquête sur l’homosexualité de la revue Les Marges en avril 1926, enquête qui faisait suite à la publication quasi simultanée du Corydon de Gide (première édition publique en 1924) et du Sodome et Gomorrhe de Proust (1921-1922), le chroniqueur mondain Henry Gauthier-Villars, dit Willy, a voulu apporter sa contribution à la connaissance de l’univers homosexuel dans les années 1920. Il en est résulté cet ouvrage, paru en 1927, qui est un panorama des mœurs et coutumes des homosexuels en France, avec des incursions "par dessus les Frontières" (c'est le premier chapitre) en Italie, en Amérique, mais surtout en  Allemagne. Rappelons que l’Allemagne, avec l’action militante de Hirschfeld, était en pointe dans le combat pour la reconnaissance de la dignité homosexuelle. C’est d’ailleurs Hirshfeld qui a popularisé cette notion de 3e sexe, que l’on trouve aussi chez Proust, notion vieillie, mais qui était largement utilisée comme on le voit dans l’ouvrage de Willy. La description du monde gay du Paris de cette époque par Willy s'appelle "La tournée des curieux". On y retrouve les grands classiques : les bals, les bars de Pigalle, les bains, mais aussi une rapide allusion à la vie en province, "la chaste province". Pour faire référence à ce que je disais plus haut, il consacre un chapitre spécifique à "Quelques chefs de file" où l'on retrouve Oscar Wilde, Jean Lorrain, Marcel Proust, Maurice Rostand, Verlaine et Rimbaud, ainsi qu'un chapitre consacrée à la "Littérature androgyne", où le mot androgyne doit s'entendre comme un synonyme de "homosexuelle". On peu s'en étonner, mais Henry Gauthier-Villars ne se départ pas d'une vision de l'homosexualité, aujourd'hui vieillie, où l'homosexuel est toujours un homme qui abrite en lui une femme, ou vice-versa.

Pour avoir lu d’autres ouvrages contemporains sur le sujet, je trouve que Willy fait preuve de beaucoup de bienveillance vis-à-vis du monde homosexuel. Cette bienveillance est clairement nuancée par un ton goguenard, qui se traduit par des plaisanteries parfois douteuses sur les homosexuels. Pour un lecteur moderne qui lirait cet ouvrage avec sa grille de valeurs de 2014, certaines des plaisanteries ou prises de distance de l’auteur seraient clairement assimilées à des propos homophobes. Je crois que si l’on veut comprendre ce livre, il faut le lire en oubliant certaines de nos crispations actuelles.



Ce préambule pour introduire cette réédition bienvenue de ce texte par les cahiers GayKitshCamp. L’édition de 1927 n’est pas difficile à trouver, mais il reste moins coûteux de le lire dans cette réédition. L’autre avantage est que l’ouvrage lui-même a été enrichi de notes et de documents annexes qui en décuplent l’intérêt. Les notes qui complètent le texte facilitent grandement la compréhension en décryptant les allusions, en situant les personnages, souvent complétement oubliés aujourd’hui et les faits. Les documents annexes sont des extraits de textes contemporains sur le même sujet. La lecture du texte de Georges-Anquetil, extrait de Satan conduit le bal (1925) permet d’ailleurs de bien situer la frontière entre une vision clairement dépréciative des homosexuels et la vision que j’ai qualifiée de bienveillante de Willy. C’est peut-être un biais induit par le choix des textes, mais le monde homosexuel est surtout décrit à travers ses fêtes (les bals travestis, comme le le bal du Magic-City), ses lieux festifs ("La Petite Cabane", à Montmartre) et ses rituels, avec parfois le côté excessif et provocateur de ces événements. Cela explique aussi les réactions négatives des auteurs de ces textes qui se trouvent directement confrontés à un monde qu’ils ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître. Les aspects plus cachés du monde homosexuel de l’époque, car plus privés et intimes, ne sont pas abordés, car probablement cela n’intéressait pas les auteurs. La vie personnelle d’un homosexuel des années 20, la façon dont il le vit, tout cela est moins spectaculaire qu’un bal d’hommes travestis, mais surtout plus dérangeant car c’est là, dans la vie personnelle de chaque homosexuel, que se trouve la réalité des choses. Signalons que Willy a le même biais. Ce n’est pas en lisant son livre que l’on sait répondre à la question : « qu’est que cela veut dire être homosexuel en 1927 ». Cet aspect des choses peut rendre frustrantes ces lectures et finir par laisser penser que seule une approche anecdotique de l’homosexualité était possible à l’époque.

Henry Gauthier-Villars, dit Willy (1859-1931), est surtout connu aujourd’hui pour avoir été le mari de Colette et l’avoir lancée en signant de son nom la série des Claudine. C’était une de ses personnalités brillantes et recherchées de la Belle époque, en même temps chroniqueur, écrivain, mondain, etc. Touche-à-tout, il a laissé de nombreux livres, mais peu d’entre eux ont accédé à la postérité. Paradoxalement, alors que ce thème est mineur dans son œuvre, son ouvrage sur le 3e sexe est un des rares livres dont on parle encore (cette chronique et cette réédition en sont la preuve).

Justement dans cette réédition, il y a un article fort intéressant qui se termine par la question : « Willy est-il un auteur gay ? » La réponse est positive, car de nombreux éléments sont rassemblés sur les ambiguïtés du personnage à ce sujet (il signait ses chroniques théâtrales : « L’Ouvreuse ») et son intérêt pour le monde homosexuel. On peut rappeler qu’il est l’auteur avec Suzanne de Callias, sous le pseudonyme de Ménalkias, de deux romans sur le sujet : L’Ersatz d’amour, en 1923 et Le Naufragé, en 1924, aussi réédités par Cahiers GayKitschCam. Je vous laisse découvrir cette approche inhabituelle du personnage, en général vu comme un homme à femmes, loin de ce monde et de cette sensibilité. J’apporte juste au dossier cette photo que je possède dans ma collection, au format carte postale.


Willy avec son petit bouledogue français dans les bras vous paraît-il vraiment comme le parangon de l’homme viril XIXe siècle ?

Autre image de Willy : un portrait par Boldini, qui met en valeur un aspect plus dandy du personnage.


Pour finir, une lettre de Willy, sur un joli papier violet ! (lettre de ma collection personnelle qui accompagne l'envoi de la photo ci-dessus)

 Pour en savoir plus sur Willy, cliquez-ici.

samedi 21 juin 2014

Jeune homme nu dessinant

Diodore Rahoult (1819-1874) est un peintre et illustrateur grenoblois aujourd'hui un peu oublié. Une récente exposition au Musée de l'Ancien Évêché de Grenoble a été l'occasion de le redécouvrir. Ce dessin a "naturellement" attiré mon œil :



Ce dessin est d'autant plus inhabituel dans la production de ce peintre qu'il s'est surtout spécialisé dans des scènes de genre. La représentation du corps, masculin ou féminin, est particulièrement absente dans son œuvre.

Cela n'a pas aussi échappé au rédacteur du catalogue qui le qualifie de "quelques peu mystérieux" poursuivant par une identification avec Endymion. Si mystère il y a, c'est peut-être qu'il pourrait ouvrir une échappée sur la sexualité de Diodore Rahoult (comme beaucoup de peintres de genre du XIXe, la sexualité ou la sensualité sont totalement absentes, même de façon voilée). Lorsqu'on sait qu'il s'est marié tardivement avec sa veille servante, cela peut laisser imaginer des choses..., ce que l'on peut qualifier de "mystérieux" si on ne veut pas effaroucher les visiteurs !

samedi 14 juin 2014

Glanes

Pour marquer mon retour à l'activité après plusieurs mois de veille, ces deux tableaux et ce dessin glanés dans les annonces de ventes aux enchères des semaines à venir.

Virginie DEMONT-BRETON (1859-1935)
Jeune pêcheur devant la mer

Angel ZARRAGA ARGUELLES (1886-1946)
Le joueur de football



Angel ZARRAGA ARGUELLES (1886-1946)
Joueur de football


dimanche 22 septembre 2013

Le nu masculin à l'honneur

C'est toujours avec plaisir que j'annonce les expositions de la galerie "Au Bonheur du Jour" de Nicole Canet. Après Jean Boullet, ce sont la photographie et le dessin qui sont à l'honneur pour illustrer le nu masculin. Avis aux amateurs !


samedi 13 juillet 2013

Un dessin de Jean Boullet

L'exposition sur Jean Boullet dont je vous parlais ci-dessous fera date.On a pu y revoir de nombreux dessins dans la veine de ceux qui ont ensuite illustré les différents ouvrages qu'il a fait paraître :  Les Beaux Gars, Antinoüs, Le Tapis volant, etc. On a pu surtout y découvrir de nombreux dessins pour des projets qui n'ont malheureusement jamais abouti. Parmi ceux-ci, au sein d'un ensemble d'ouvrages illustrant les grands auteurs, Jean Boullet travailla en 1943 à une illustration d'un Songe d'une nuit d'été de Shakespeare. Cette interprétation très personnelle de la pièce était représentée, dans cette exposition, par quelques dessins à l'encre bleue, dont celui-ci qui vient de rejoindre ma collection :


J'aime l'érotisme diffus et allégorique de cet être en même temps homme, faune et végétal, avec son sexe en forme d'arbre qui a perdu toute sa sève.

Je vous recommande le catalogue qui donne un aperçu très complet des dessins et des peintures de Jean Boullet.
Vous pouvez y accéder pas ces deux liens :

mercredi 15 mai 2013

Peintres caravagesques italiens

La galerie Sarti à Paris présente 22 tableaux de peintre italiens directement inspirés par la démarche du Caravage. Une sélection de 5, classée par ordre décroissant de préférence personnelle :

Maître de Baranello


Bernardo Strozzi


 Bartolomeo Manfredi


Daniele Crespi

Riminaldi

Pour en savoir plus : cliquez-ici.
L'exposition réunit vingt-deux tableaux de peintres italiens qui se sont inscrits dans le sillage du Caravage. Une forme de filiation visible chez ses condisciples et élèves directs (Bartolomeo Manfredi, Giovanni Battista Caracciolo, Cavarozzi), ou chez des artistes d'écoles différentes de la sienne (Jusepe de Ribera, Andrea Vaccaro, Luca Giordano, Artemisia Gentileschi, Bernardo Strozzi, Daniele Crespi, Guido Reni).

dimanche 5 mai 2013

Une exposition sur Jean Boullet

Pour tous les amateurs de Jean Boullet comme moi (voir les nombreux messages que je lui ai consacrés : cliquez-ici), l'exposition qui débute le 14 mai à la galerie Au bonheur du jour à Paris sera sûrement un rendez-vous incontournable.

Je vous laisse découvrir l'affiche de l'exposition :



ainsi que la présentation sur le nouveau site de la galerie : 

J'attends avec impatience de découvrir l'ouvrage qui accompagne l'exposition. Ce sera sûrement une référence sur le sujet. Il n'y a pas eu beaucoup d'étude sur la vie et le travail de Jean Boullet, voire il n'existe pour le moment que l'ouvrage de Denis Chollet de 1999. Ce nouvel ouvrage, aussi avec la collaboration de Denis Chollet, comblera, je l'espère, un manque dans la connaissance de cette personnalité du monde gay (on ne disait pas alors les choses ainsi) des années 1940-1970.

Je ne pourrais malheureusement pas être présent au vernissage pour cause de vacances, mais, dès que je pourrais (le samedi 25 mai ?), j'irai découvrir l'exposition. Je vous en parlerai alors.